MACKY SALL VS OPPOSITION: L’IMPOSSIBLE ENTENTE

Si la gestion économique et sociale du Président Macky Sall est jugée plus ou moins mitigée, son bilan politico-judiciaire constitue le point sombre de son magistère durant ces six dernières années passées à la tête du pays.

Le président de la République, Macky Sall a bouclé, ce dimanche 25 mars 2018, son sixième année passée à la tête du pays. A moins d’un an de la fin de son mandat, Macky Sall aura réussi la prouesse de toujours dribbler son opposition sur les questions surtout électorales. La réforme de l’Acte III de la décentralisation, la révision du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, e référendum de 2016 consacrant une large modification de certaines dispositions de la constitution dont l’augmentation du nombre de députés qui est passé de 150 à 165, Macky Sall a toujours agi en solitaire. Jusqu’aux dernières concertations sur le processus, en aucun moment, les préoccupations de l’opposition dite significative, ont été prises en compte.
En effet, entre le Président Macky Sall et son opposition, c’est comme qui dirait, un éternel jeu d’échec. Un jeu au chat et à la souris durant les six ans qu’il vient de passer à la tête du pays. De 2012 à présent, le pouvoir et l’opposition ne sont presque jamais tombés d’accord sur quoi que ce soit. Que ce soit sur le processus électoral ou encore sur la conduite des affaires publiques, aucun consensus fort n’a jamais lié les deux camps.
La seule fois où le chef de l’Etat et son opposition ont pris langue dans le cadre de discussions interactives et inclusives, c’était pendant le fameux dialogue national organisé le 28 mai 2016. A l’exception de quelques partis politiques dont le Rewmi d’Idrissa Seck, la Convergence libérale démocratique/Bokk gis gis de Pape Diop et le Grand Parti de Malick Gakou, presque toutes les autres composantes de l’opposition et des autres segments de la société sénégalaise avaient pris part à cette rencontre. La rencontre était d’autant plus symbolique que le président de la République a consacré le 28 mai journée nationale du dialogue. Macky Sall avait à cet effet, instruit le gouvernement d’organiser, sous la supervision du Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, et la conduite du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, des concertations avec les partis politiques et la société civile en vue de définir, de manière consensuelle, le contenu des lois relatives aux questions électorales. ‘’Je veux que le dialogue et la concertation se poursuivent, selon des formats inclusifs appropriés, avec les acteurs indiqués, toujours sous la supervision du Premier ministre et la conduite des ministres concernés sur des thématiques nationales prioritaires, en l’occurrence l’adoption future du Code général des collectivités territoriales et des textes relatifs à la déconcentration qui va inaugurer l’entrée en vigueur de la phase II de l’Acte III de la décentralisation ; la nouvelle législation foncière qui sera retenue après analyse des travaux de la CNRF ; et les réformes des codes de l’environnement, minier et pétrolier dans le but de garantir l’exploitation de nos ressources naturelles dans la transparence et l’intérêt des populations’’, avait déclaré le chef de l’Etat pour rassurer son opposition. Celle-ci avait d’ailleurs posé comme doléances un audit du fichier électoral, son accès aux médias publics comme la Rts et la transparence des élections.
Interdiction systématique des manifs de l’opposition
Outre ces doléances, l’opposition, par la voix du Secrétaire général adjoint du Parti démocratique sénégalais, avait également appelé le Président Macky Sall à mettre à la place de la Commission électorale nationale autonome (Cena), une Commission électorale nationale indépendante (Ceni). Aussi, Oumar Sarr avait-il exigé le remplacement du ministre de l’Intérieur par une personnalité indépendante qui puisse organiser des élections sans parti pris. ‘’Il nous faut une personnalité indépendante pour organiser les élections. Je n’ai rien contre le ministre Abdoulaye Daouada Diallo, mais il peut se limiter à la sécurité intérieure et laisser la latitude à une personnalité indépendante d’organiser les élections’’, avait déclaré le coordonnateur du Pds.
Si au départ, les gages d’ouverture du chef de l’Etat avaient fini de convaincre l’opposition, ils n’ont jamais été suivis d’effets significatifs. Ainsi, les doléances posées par l’opposition depuis l’installation de Macky Sall au pouvoir, constituent toujours les mêmes revendications qui la poussent souvent, à descendre dans la rue pour manifester son courroux. La dernière en date, remonte au vendredi 9 mars devant le ministère de l’Intérieur. Le sit-in prévu par le Parti démocratique sénégalais et ses alliés de l’IED ayant été interdit par arrêté préfectoral, a été violemment réprimé par les forces de l’ordre qui ont procédé à une vingtaine d’arrestations de responsables de l’Initiative pour des élections démocratiques dont le leader de And Jëf/Parti africain pour la démocratie et le socialisme (Aj/Pads), Mamadou Diop Decroix ainsi que d’autres militants du Pds comme Mohamed Massaly, Marie Sow Ndiaye, Toussaint Manga, entre autres. De la même manière, la quasi-totalité des manifestations organisées par l’opposition sont soit subitement interdites soit violemment réprimées. Rares sont en effet, les manifestations de l’opposition autorisées par le régime de Macky Sall depuis son installation au pouvoir le 25 mars 2012 et qui se sont correctement tenues sans heurts.
S’il en est ainsi des relations entre le régime de Macky Sall et son opposition, c’est parce qu’il n’y a aucun consensus entre les deux parties sur toutes les questions concernant le processus électoral et la vie de la nation. La stratégie du ôtes-toi que je m’y mette toujours développée par l’opposition et la démarche cavalière du régime ne sont pas souvent pour instaurer un climat de paix et de confiance dans le landerneau politique sénégalais. Il s’y ajoute que le président de la République, dans sa volonté d’affaiblir son ancienne formation politique renvoyée dans l’opposition en 2012, a très tôt ouvert les hostilités. Dès son installation au pouvoir, il a initié une traque des biens mal acquis qui cible très tôt, 25 caciques du Parti démocratique sénégalais. Même si la montagne a accouché d’une souris avec seulement sur le tableau de chasse de la Cours de répression de l’enrichissement illicite (CREI), le fils de l’ancien président de la République, Karim Wade, cela n’a en rien amoindri les capacités de nuisance des libéraux habitués à l’opposition.
Rupture de confiance entre les acteurs
La non-prise en charge de ses revendications a, par moment, amené le Parti démocratique sénégalais et ses alliés à se radicaliser. A l’issue des élections législatives chaotiques organisées par le camp présidentiel, ils ont décidé de bouder toutes les concertations sur le processus électoral, posant ainsi comme condition sine qua non à leur participation, la désignation d’une personnalité neutre en charge de l’organisation des élections et la mise en place d’une haute autorité qui devra superviser les futures échéances. Cette rupture de confiance constitue en effet un lit de contestations qui risque de conduire vers des lendemains électoraux incertains avec en toile de fond, un rejet systématique des résultats. D’ores et déjà, le boycott des concertations sur le processus électoral en perspective des prochaines échéances de 2019 augure des litiges électoraux lourds de conséquences sur la sincérité et la transparence des élections. La récente décision prise par le chef de l’Etat de procéder à une révision de la Constitution et du Code électoral et d’étendre par la même occasion le parrainage à toutes les candidatures, ne vient pas pour faciliter les choses et instaurer un climat de confiance dans le landerneau politique sénégalais. Au contraire, elle fait sortir l’opposition de ses gongs. Elle envisage ainsi d’envahir les grilles de l’Assemblée nationale le jour du vote de la loi de révision, et promet par la même occasion un 23 juin bis, en souvenir des évènements spontanés de violence qui ont fait reculer l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade, dans sa volonté d’instaurer au Sénégal, une loi sur le ticket présidentiel. C’est dire que de plus en plus l’opposition se radicalise et se met dans une dynamique de confrontation qui risque d’installer le pays dans une situation peu enviable à même de perturber les prochaines échéances électorales.

Related posts

Leave a Comment